top of page

De l'isolationnisme à la Guerre: Les États-Unis face à la Seconde Guerre mondiale

  • 12 févr. 2021
  • 16 min de lecture

Texte écrit par Audrey Tremblay, étudiante au Baccalauréat en Histoire de l'Université du Québec à Trois-Rivières

À l’occasion du 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale et du 75e anniversaire du débarquement de Normandie, des commémorations sont tenues en Europe. Donald Trump, 45e président américain, y prend part. Il se retrouve alors aux côtés du président français Emmanuel Macron et de la reine Elizabeth II lors de la célébration du débarquement. Il est également invité par la Pologne à prononcer un discours pour le 80e du début de la Seconde Guerre mondiale. Cette participation américaine est liée au rôle joué par les États-Unis lors de ce conflit. En 1941, deux ans après le début de la guerre, les Américains se joignent aux pays belligérants. Comment les États-Unis entrent-ils en guerre lors de la Seconde Guerre mondiale ? La transition entre la neutralité et la guerre est entreprise par les États-Unis au cours des années 1930 et s’achève avec l’attaque sur Pearl Harbor en 1941. Afin de bien comprendre cette transition, cet article abordera d’abord la période de neutralité américaine. Cette part de l’article touche alors les motivations derrière cette neutralité et les mesures mises en place par rapport à celle-ci. La situation européenne sera abordée ensuite à travers les répercussions de l’avancée d’Hitler en Europe sur les États-Unis et l’instauration d’une politique de non-belligérance. Finalement, il sera question de la situation en Asie, marquée par la dégradation des relations entre le Japon et les États-Unis ainsi que par l’attaque sur Pearl Harbor, une base militaire américaine.


1. Les bases de la neutralité américaine

1.1. Quelles sont les motivations derrière la neutralité ?


Avant d’étudier la transition entre la neutralité et l’entrée en guerre des États-Unis lors de cette période, il faut comprendre pourquoi les Américains favorisent la neutralité. La crise économique suivant le krach boursier de 1929 contribue à l’isolationnisme américain des années 1930. Face à cette crise, les États-Unis favorisent un nationalisme économique qui affecte l’implication américaine dans l’économie mondiale suivant la Première Guerre mondiale[1]. Lors de son premier mandat en tant que président, la politique intérieure est la priorité de Franklin Delano Roosevelt qui souhaite rétablir une économie nationale saine. Les relations étrangères sont au second plan. La crise économique affecte également les pays d’Europe qui se retrouvent incapables de payer les dettes issues de la Première Guerre mondiale à leurs créanciers américains. Cependant, ces derniers ont besoin de ces capitaux. Cette situation contrarie la population américaine contribuant à son refus d’intervenir en Europe[2].


Les cicatrices de la Première Guerre mondiale encouragent également l’isolationnisme américain. Un sondage effectué en 1937 dévoile que 64 % des répondants considèrent l’intervention américaine dans la Grande Guerre comme une erreur. La participation américaine à la Première Guerre mondiale ne valait pas les sacrifices faits par les Américains lors de cette guerre. De plus, une thèse circulant dans les années 30 affirme que cette participation a été causée par Wall Street et les fabricants d’armes. La commission Nye, mise en place par le Congrès pour enquêter sur le sujet, semble confirmer cette thèse. Elle dénote en effet l’importance du financement des banques et des fabricants d’armes en soutient des pays européens. La participation américaine aurait alors servi à défendre les intérêts de ces derniers[3]. La propagande des alliés est également blâmée pour l’entrée en guerre et, pour plusieurs Américains, le traité de Versailles confirme qu’il s’agissait d’une guerre entre empires et non d’une guerre causée par un régime autocratique[4].

Outre la crise économique et l’amertume face à la Première Guerre mondiale, la population se sent initialement peu concernée par la hausse des tensions en Europe. Peu d’Américains croient que le pays serait en danger dans le cadre d’un conflit en Europe. Ils ne croient pas non plus que la France et l’Angleterre risqueraient de perdre cette éventuelle guerre. Roosevelt est moins confiant que la population face à un conflit armé en Europe. Il craint pour la sécurité des États-Unis et doute d’une victoire de la France et de l’Angleterre[5]. La population se soucie également peu du traitement réservé aux Juifs. Les hésitations des militaires hauts-gradés face à une intervention en Europe combinée à la recherche du plus grand consensus possible de Roosevelt sur les questions de politiques extérieures retardent les possibilités d’interventions[6]. Pour ces raisons, les États-Unis adhèrent donc à une idéologie plutôt isolationniste durant la majorité des années 30.


1.2. Quelles sont les mesures de neutralité mises en place ?


Ne souhaitant pas s’impliquer à nouveau dans un conflit européen, les États-Unis mettent en place une série de mesures de neutralité. Dès le début des années 30, Roosevelt réduit l’implication internationale américaine, notamment en promettant leur indépendance aux Philippines à l’intérieur de dix ans avec le Tydings-McDuffieAct ratifié en 1933[7]. L’année suivante, le Congrès entérine le Johnson Act. Celui-ci interdit les prêts monétaires aux pays ne payant pas leurs dettes issues de la Première Guerre mondiale, un sujet de mécontentement souligné précédemment. La même année, le rapport de la commission Nye suggère de mettre en place des mesures de neutralité pour éviter de futures guerres. Celles-ci freineraient certains intérêts, tels les banquiers et fabricants d’armes, qui perçoivent la guerre d’un œil favorable. Le rapport de la commission Nye recommande alors l’élaboration d’une législation de neutralité[8].


La première loi sur la neutralité est sanctionnée par le Congrès en 1935 pour une durée de six mois seulement[9]. Cette loi interdit l’envoi de munitions à des nations en guerre. Elle est appliquée quelques mois seulement après sa ratification, Washington proclamant la neutralité des États-Unis après le début de la Seconde Guerre italo-éthiopienne[10]. La deuxième loi sur la neutralité est entérinée par le Congrès en 1936, la journée même de l’expiration de la première, de manière à assurer la continuité de la position américaine. En plus des clauses issues de la première loi, elle interdit les prêts américains aux belligérants[11]. Les États-Unis maintiennent leur position de neutralité face à la guerre civile en Espagne. Le Congrès interdit l’envoi d’armes aux belligérants presque à l’unanimité[12]. En 1937, la troisième loi de neutralité est votée à nouveau, tout juste avant que la précédente n’expire. Légèrement différente des deux précédentes, cette loi met en place la clause « Cash and carry ». Celle-ci permet aux Américains de vendre des produits autres que de l’armement à des pays en guerre, si et seulement si, ils payent comptant et transportent eux-mêmes leurs achats. Elle interdit aussi aux Américains de voyager sur les bateaux de pays engagés dans le conflit[13].


S’il s’oppose peu à l’isolationnisme qui se met en place aux États-Unis lors de son premier mandat, Roosevelt n’en est pas pour autant isolationniste lui-même. Il dénonce les volontés d’expansion des futures forces de l’Axe, mais fait peu pour les contrer afin de ne pas se mettre à dos la population. Il ne s’oppose donc pas aux mesures de neutralité, mais restreint plutôt leur durée. La première loi est ainsi limitée à six mois et la suivante à un an[14]. Bien que ces lois cherchent à maintenir les États-Unis à l’écart des conflits européens, elles aident indirectement les pays agresseurs. En effet, elles ne font pas de distinction entre les belligérants. Autant le pays agresseur que le pays agressé se voient soumis aux différentes clauses de ces lois. Or, ce sont souvent les pays agressés qui auraient besoin de l’armement et des ressources financières américaines[15]. Ainsi, les États-Unis mettent en place des mesures de neutralité dans les années 30 qui affectent tout de même les conflits actifs.


2. La dégradation de la situation européenne

2.1. Les États-Unis face au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale


Face à la hausse des tensions en Europe, Roosevelt milite pour restreindre les mesures de neutralité et intervenir dans le vieux continent. Cette hausse des tensions fait craindre à Roosevelt pour la sécurité des États-Unis. Il considère qu’avec les avancées technologiques, en aviation notamment, l’océan Atlantique ne protège plus le pays des conflits européens[16]. Il ne s’agit pas seulement d’une question de défense territoriale. Roosevelt veut aussi protéger la démocratie et le capitalisme mis en danger par l’expansion allemande et japonaise[17]. Pour se faire, il considère que les États-Unis doivent assumer un rôle international plus important. Il doit toutefois en convaincre la population. Il se prononce à plusieurs reprises en faveur d’un rôle plus actif des États-Unis, notamment lors de son discours de la quarantaine en 1937[18]. Roosevelt tente également d’intervenir en Europe pour calmer le jeu en proposant à Chamberlain, premier ministre britannique, une assistance américaine[19]. En 1938, il prononce le discours sur l’état de l’Union où il met l‘accent sur la défense et prévoit un réarmement des États-Unis[20]. Après avoir vainement tenté d’apaiser les tensions en Europe et de convaincre Hitler de continuer les négociations, il redouble d’efforts pour intervenir contre l’Allemagne qui poursuit son avancée en Europe[21]. Face à la situation européenne, Roosevelt cherche à augmenter le budget de la défense et la production d’avions militaires et parvient à accroitre la marine de guerre américaine avec le Naval Expansion Act de 1938[22].


Malgré le déclenchement de la Seconde Guerre en Europe avec la conquête de la Pologne par Hitler, la population américaine est toujours opposée à une implication en Europe. Elle a toutefois tendance à soutenir les alliés. « Fin 1938, un sondage Gallup montrait que 95 % des Américains étaient hostiles à une nouvelle guerre en Europe » affirme Yves Durand, « en revanche, en 1939, 65 % sont favorables aux ventes d’avions à la France et la Grande-Bretagne »[23]. La position isolationniste est consolidée par la drôle de guerre suivant la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France. Sur le plan politique, les États-Unis commencent toutefois à s’y préparer. La politique extérieure prend une place plus importante et le budget alloué à la défense augmente perceptiblement. Face à la situation européenne, le Congrès entérine la loi de neutralité de 1939 proposée par Roosevelt, pourtant rejetée auparavant. Celle-ci modifie la clause « Cash and carry » de la loi de 1937[24]. Les pays belligérants peuvent alors acheter des armes, s’ils les payent immédiatement et les transportent eux-mêmes. Officiellement, les États-Unis sont toujours neutres, mais la loi avantage les alliés, la Grande-Bretagne étant une importante puissance maritime[25]. Bien que la population soit encore en défaveur de la guerre, la transition entre la neutralité et la guerre s’enclenche ainsi aux États-Unis en raison de la situation européenne et des efforts de Roosevelt.


2.2. L’avancée hitlérienne et la politique de non-belligérance américaine


Suivant la loi de neutralité de 1939, les États-Unis ne sont plus neutres, mais ne sont pas en guerre non plus. Ils affichent plutôt une politique de non-belligérance en faveur des alliés. Roosevelt craint que l’Allemagne ne prenne possession des colonies françaises et britanniques si celles-ci venaient à tomber, d’autant plus que de nombreux rapports laissent craindre que la France ne puisse résister encore longtemps à l’Allemagne en ce début de 1940. En possession de ces colonies, surtout les Antilles françaises, il juge qu’Hitler pourrait plus facilement attaquer les États-Unis. Ainsi, selon Roosevelt, pour protéger le pays, il faut soutenir les alliés en leur fournissant du matériel[26]. De plus en plus d’Américains partagent la vision du président. Un sondage effectué en janvier 1940 dévoile que plus de 60 % de ceux-ci croient que l’Allemagne serait un danger pour les États-Unis si elle l’emportait sur la France et la Grande-Bretagne[27].


Avec la capitulation de la France, en juin 1940, Roosevelt redouble d’efforts pour préparer les États-Unis à la guerre. Il insiste notamment sur le réarmement des États-Unis et instaure le Selective Training and Service Act, introduisant la première circonscription en temps de paix et augmentant le budget de la défense[28]. Des mesures sont également prises pour livrer du matériel à la Grande-Bretagne, s’il s’avère qu’elle peut résister à l’Allemagne et que cela est indispensable pour la continuité de cette résistance. Washington s’assure également que les Antilles françaises ne tombent pas sous la coupe de l’Allemagne avec l’Acte de La Havane[29]. La conquête rapide de la France, puis d’une grande part de l’Europe de l’Ouest, affecte la population américaine qui change de perception face au conflit en Europe. Elle craint une victoire allemande sur la Grande-Bretagne qui lutte contre Hitler[30]. Un sondage de juin 1940 révèle que 45 % des Américains considèrent maintenant que les États-Unis sont parmi les cibles de l’Allemagne. La majorité des Américains sondés prévoient une victoire allemande sur la Grande-Bretagne pour la première fois depuis le début du conflit. Les Américains sont dès lors prêts à payer plus de taxes et à prendre des mesures supplémentaires pour assurer la protection du pays[31].


La situation inquiétante de la Grande-Bretagne contribue alors à la transition américaine vers la guerre. En septembre 1940, alors que la bataille d’Angleterre fait rage depuis juillet, un sondage dévoile que la majorité des Américains sondés considèrent qu’il faut aider la Grande-Bretagne, même si cela signifie entrer en guerre[32]. L’alliance tripartite entre l’Allemagne, le Japon et l’Italie en septembre 1940 alarme le Congrès contre lequel lutte encore Roosevelt pour intervenir en faveur des alliés. Dans les mois qui suivent, les difficultés, puis l’échec d’Hitler face à la Grande-Bretagne, rassurent toutefois les Américains sur leur propre sécurité. La population considère tout de même qu’il faut assister la Grande-Bretagne, notamment pour protéger la démocratie. Le discours sur l’État de l’Union de Roosevelt en 1941 fait même le lien entre la protection de la démocratie américaine et la situation européenne. Il affirme que les États-Unis doivent armer les démocraties et protéger les Quatre libertés, soit les libertés de parole et de cultes ainsi que celle de vivre à l’abri du besoin et de la peur. Il a néanmoins promis lors de la campagne électorale, menant à sa réélection en 1940, de ne pas envoyer d’Américains combattre dans une guerre étrangère[33]. De son côté, Londres demande l’assistance des États-Unis, l’aide fournie par la loi sur la neutralité de 1939 étant insuffisante pour assurer sa victoire sur l’Allemagne[34]. La réponse à cette demande d’aide vient sous la forme du Lend-Lease Act de mars 1941 qui met fin à la clause Cash and carry et permet de vendre, prêter ou donner du matériel militaire à des nations amies en guerre[35]. Les États-Unis déploient également la flotte américaine et envoient même des troupes en Islande pour aider Londres[36]. Suite à l’attaque d’Hitler sur la Russie, Roosevelt cherche également à étendre le Lend-Lease Act à celle-ci dont la résistance est perçue comme essentielle à une victoire alliée[37]. Même s’ils ne sont pas encore entrés officiellement en guerre, les États-Unis sont alors des participants actifs du conflit.


3. La situation en Asie : la hausse des tensions

3.1. La dégradation des relations nippo-américaines


Bien que la situation européenne ait joué un rôle important dans la transition américaine vers la guerre, la hausse des tensions dans le Pacifique y contribue également. La situation dans le Pacifique se complique dès 1931 alors que le Japon envahit la Mandchourie, enfreignant deux traités internationaux desquels les États-Unis sont signataires, dont le Kellogg-Briand Pact. Souffrant des affres de la dépression, les États-Unis condamnent le Japon, mais n’interviennent pas autrement qu’en ne reconnaissant pas la possession de la Mandchourie par le Japon[38]. Ce dernier poursuit son avancée en Chine au cours des années 30, même si le conflit entre les deux ne débute réellement qu’en 1937[39]. Le Japon ne déclare toutefois pas la guerre à la Chine. En effet, entrer en guerre l’aurait empêché d’avoir accès aux capitaux et produits américains en raison des lois de neutralité. Le Japon est dépendant du pétrole américain, il ne peut donc pas se permettre de perdre cet accès à la production américaine. Il met alors en place des pseudos gouvernements qu’il contrôle dans les territoires envahis[40]. Roosevelt dénonce les attaques japonaises sur la Chine en 1937, car elles menacent la politique de la « porte ouverte » et, ainsi, les intérêts américains[41]. La Grande-Bretagne était perçue par les États-Unis comme la seule pouvant endiguer l’expansion japonaise en Asie. Il s’agit donc d’une motivation supplémentaire pour aider les Britanniques en Europe[42].


En 1940, le Japon profite toutefois de la capitulation française pour envahir l’Indochine et s’allie avec l’Allemagne et l’Italie. Washington réagit alors à l’expansionnisme japonais et, en juillet 1941, lui impose des sanctions économiques. Un embargo sur le commerce avec le Japon est déclaré et les biens des Japonais aux États-Unis sont saisis[43]. Pour le Japon, il s’agit non seulement d’une attaque sur son économie, mais également sur son honneur[44]. Il tente de négocier avec Washington pour rétablir son accès au pétrole américain. Cette demande est toutefois rejetée, le Japon ne respectant pas les critères établis par le secrétaire d’État Hull pour mettre en place des négociations. Ceux-ci incluent le respect de l’intégrité territoriale des autres pays et de la politique de la porte ouverte, un critère spécifique au Japon[45]. En répartie des sanctions économiques américaines, le Japon attaqua la base navale américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941[46]. Ainsi, les relations nippo-américaines sont marquées par une hausse des tensions menant à Pearl Harbor.


3.2. Du 7 au 11 décembre 1941 : l’entrée en guerre


Pearl Harbor est l’élément final de la transition des États-Unis vers la guerre. Roosevelt croyait difficile jusque-là, sur le plan politique, de voir les États-Unis entrer en guerre, à moins d’être attaqués[47]. L’attaque de Pearl Harbor rallie la population et permet l’entrée en guerre. Une semaine plus tôt, soit le 1er décembre, Roosevelt affirmait aux Alliés que les États-Unis entreraient en guerre si le Japon attaquait des territoires alliés en Asie comme le laisse entretenir l’expansion japonaise. Le support de la population était toutefois encore incertain[48]. L’attaque sur Pearl Harbor vient prouver à celle-ci que les océans ne suffisent plus pour protéger les États-Unis et que l’isolation est vaine. La sécurité américaine est dès lors vue comme dépendante de la situation en Europe et en Asie. La protection du pays est alors, pour l’opinion publique, une justification valable pour entrer en guerre[49]. Le lendemain de l’attaque sur Pearl Harbor, les États-Unis déclarent la guerre au Japon.


Cependant, ils n’entrent pas seulement en guerre contre le Japon, mais également contre l’Allemagne et l’Italie. Suivant Pearl Harbor, plusieurs Américains souhaitent que les États-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne. Un sondage effectué le 10 décembre dévoile que 90 % des Américains sont alors en faveur de la guerre[50]. La population croyait alors que l’Allemagne et le Japon avaient combiné leurs commandements militaires ou encore qu’ils faisaient des opérations militaires conjointes dans le pacifique[51]. Les Américains tiennent donc l’Allemagne également responsable pour Pearl Harbor[52]. Roosevelt laisse alors présager que les États-Unis entreront en guerre contre l’Allemagne, mais mentionne aussi qu’ils attendent la déclaration de guerre de l’Allemagne pour le faire. L’Allemagne avait promis au Japon d’entrer en guerre contre les États-Unis si le Japon les attaquait, bien que leur alliance ne le requière pas[53]. Le 11 décembre, quatre jours après l’attaque, les deux autres nations de l’Axe déclarent effectivement la guerre aux États-Unis[54]. Toutefois, dès le lendemain, l’Allemagne se rétracte. Roosevelt utilise alors Pearl Harbor pour justifier la déclaration de guerre américaine[55]. Ces déclarations de guerre lui permettent de placer la situation européenne en priorité comme il le souhaitait, au lieu de devoir concentrer les efforts stratégiques américains dans le pacifique[56]. Elles permettent également d’obtenir l’approbation de la quasi-unanimité du Congrès et de la population américaine[57]. Ainsi, Pearl Harbor marque l’entrée en guerre des États-Unis en unifiant la population en faveur d’une intervention militaire, non seulement contre la Japon, mais également contre l’Allemagne.


En conclusion, au cours des années 1930 et le début des années 1940, les États-Unis ont passé de la neutralité à la guerre. Pearl Harbor, menant aux déclarations de guerres américaines contre l’Axe marque la fin de cette transition. Les États-Unis ont tout d’abord neutres face à la hausse des tensions en Europe et ont mis successivement en place trois lois de neutralité pour assurer celle-ci. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale contribua à modifier la position de neutralité américaine, mais la population s’opposa encore à l’entrée en guerre des États-Unis. La capitulation de la France et la bataille d’Angleterre contribuèrent également à modifier la perception du conflit en Europe. Bien que les États-Unis ne soient pas encore en guerre, ils ne sont alors plus neutres. Les années 30 furent également marquées par une dégradation des relations entre le Japon et les États-Unis menant à l’attaque sur Pearl Harbor. Cette attaque permit d’unir la population en faveur de l’entrée en guerre contre le Japon, mais également contre l’Allemagne. En résumé, il est important de bien comprendre cette transition vers l’entrée en guerre des États-Unis. Elle a permis au pays d’être prêt, non seulement économiquement et militairement, mais également idéologiquement à prendre part au conflit. Au fil des années 1930, les États-Unis ont eu le temps de se préparer au conflit. La population a pu accepter progressivement la participation américaine à celui-ci, tout d’abord de manière économique, puis militaire. Lorsque l’attaque sur Pearl Harbor est survenue, les États-Unis n’étaient alors pas totalement pris au dépourvu. Sans cette transition, le pays aurait surement eu plus de difficulté à se mobiliser pour faire face à l’attaque japonaise. D’autre part, les Alliés auraient également eu plus d’ennuis à résister à Hitler sans l’aide apportée par les États-Unis entre autres grâce à la loi de neutralité de 1939 et le Lend-lease Act. Sans cette transition, la Seconde Guerre mondiale aurait pu se dérouler autrement, durer plus longtemps ou se terminer à l’avantage d’une autre puissance…

[1] Manfred Jonas, « American Isolationism and the Coming of the Second World War », dans The Origins of the Second World War: An International Perspective, Londres, Continuum, 2011, p. 433‑434; David Ryan, The United States and Europe in the Twentieth Century, New-York, Routledge, 2014, p. 37‑39. [2] David Ryan, op. cit., p. 37‑38. [3] André Béziat, Franklin Roosevelt et la France (1939-1945): La diplomatie de l’entêtement, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 24‑25; Pierre Grosser, Pourquoi la 2e Guerre mondiale?, Paris, Editions Complexe, 1999, p. 250. [4] John A. Thompson, « Conceptions of National Security and American Entry into World War II », Diplomacy & Statecraft, vol. 16, n° 4, décembre 2005, p. 676‑677. [5] Ibid., p. 675‑676. [6] Patrick O. Cohrs, « A Pivotal Power: The United States and the International System of the Inter-War Period », dans The Origins of the Second World War: An International Perspective, Londres, Continuum, 2011, p. 458; Pierre Grosser, op. cit., p. 250‑251. [7] Patrick O. Cohrs, loc. cit., p. 456; Manfred Jonas, loc. cit., p. 436. [8] Manfred Jonas, loc. cit., p. 436‑437. [9] André Béziat, op. cit., p. 25‑26. [10] Manfred Jonas, loc. cit., p. 437‑438; Jean-Michel Lacroix, Histoire des États-Unis, Paris, Quadrige manuels, 2013, p. 383. [11] André Béziat, op. cit., p. 24‑25. [12] Manfred Jonas, loc. cit., p. 438. [13] André Béziat, op. cit., p. 24‑25. [14] Ibid., p. 23‑25. [15] Georges Langlois et al., Histoire Contemporaine de 1914 à nos jours, Montréal, Chenelière Éducation, 2014, p. 112. [16] Manfred Jonas, loc.. cit., p. 439‑440. [17] Pierre Grosser, op. cit., p. 248‑249. [18] Patrick O. Cohrs, loc. cit., p. 460‑462. [19] David Ryan, op. cit., p. 42‑43. [20] Jean-Michel Lacroix, op. cit., p. 383‑384. [21] Manfred Jonas, loc. cit., p. 439. [22] Ibid., p. 439‑440. [23] Yves Durand, Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Paris, Editions Complexe, 1997, p. 51. [24] Jean-Michel Lacroix, op. cit., p. 384; David Ryan, op. cit., p. 43. [25] Patrick O. Cohrs, loc. cit., p. 459; André Béziat, op. cit., p. 25‑26. [26] Ibid., p. 52‑53; Manfred Jonas, loc.. cit., p. 440. [27] John A. Thompson, loc. cit., p. 677‑678. [28] Patrick O. Cohrs, loc. cit., p. 462‑463. [29] André Béziat, op. cit., p. 85. [30] Manfred Jonas, loc. cit., p. 442. [31] John A. Thompson, loc. cit., p. 677‑678. [32] Ibid., p. 680‑681. [33] John A. Thompson, loc. cit., p. 682‑684; David Ryan, p.43-44. [34] Ibid., p. 387‑388. [35] David Ryan, loc. cit., p. 44. [36] Ibid.; Patrick O. Cohrs, loc. cit., p. 459. [37] Andrew Polk, « “Unnecessary and Artificial Divisions:” Franklin Roosevelt’s Quest for Religious and National Unity Leading Up to the Second World War », Church History, vol. 82, n° 3, septembre 2013, p. 673. [38] Manfred Jonas, loc. cit., p. 434. [39] Jean-Michel Lacroix, op. cit., p. 383‑384. [40] Haruo Iguchi, « Japanese Foreign Policy and the Outbreak of the Asia-Pacific War: the Search for a Modus Vivendi in US-Japanese Relations after July 1941 », dans The Origins of the Second World War: An International Perspective, Londres, Continuum, 2011, p. 466‑467. [41] André Béziat, op. cit., p. 23. [42] John A . Thompson, loc. cit., p. 687‑688. [43] Paul S. Burtness et Warren U. Ober, « Provocation and Angst: FDR, Japan, Pearl Harbor, and the Entry into War in the Pacific », Hawaiian Journal of History, vol. 51, novembre 2017, p. 93; David Ryan, op. cit., p. 44. [44] Paul S. Burtness et Warren U. Ober, loc. cit., p. 110. [45] Haruo Iguchi, loc. cit., p. 469‑471. [46] Paul S. Burtness et Warren U. Ober, loc. cit., p. 92. [47] John A. Thompson, loc. cit., p. 682. [48] Paul S. Burtness et Warren U. Ober, loc. cit., p. 110. [49] John A. Thompson, loc. cit., p. 689. [50] Richard F. Hill, Hitler Attacks Pearl Harbor : Why the United States Declared War on Germany, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 2003, p. 16‑18. [51] Ibid., p. 50. [52] Ibid., p. 81. [53] Haruo Iguchi, loc. cit., p. 475; Richard F. Hill, op. cit., p. 15. [54] David Ryan, op. cit., p. 45. [55] Richard F. Hill, op. cit., p. 15. [56] Pierre Grosser, op. cit., p. 258‑259; Haruo Iguchi, loc. cit., p. 475. [57] Richard F. Hill, op. cit., p. 21.

Commentaires


N'hésitez pas à communiquer avec nous!

Merci !

© 2020 -Journal étudiant- La Boîte de Pandore 

bottom of page